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Bibliotheca n°7 – Juin 2024

Éditorial

Hélène Guilbaud
Références
Bibliotheca n°7 – Juin 2024
Hélène Guilbaud
11/06/2024
Hélène Guilbaud
  • Références de Lacan dans Le Séminaire, livre XV, L’Acte psychanalytique

    Lacan, lecteur de Peirce et Frege, par Karim Bordeau

    Deux références à Cantor, par Nathalie Charraud

    Auteurs du Champ freudien. Trois ouvrages d’Augustin Ménard

    Voyage au pays des psychoses. Ce que nous enseignent les psychotiques et leurs inventions, une lecture d’Isolde Huba-Mylek

    Le Symptôme. Entre amour et invention, une lecture de Françoise Labridy

    Les Promesses de l’impossible, une lecture de Jacques Ruff

     

     

  • Créée en 1981, la Bibliothèque de l’École de la Cause freudienne, dont la constitution voulue par Lacan accompagna la fondation de son École, en est un des piliers.

    L’enseignement de Jacques Lacan et le retour à Freud qu’il a promu orientent la composition de son fonds. Elle est riche de centaines de milliers de documents, en français et en d’autres langues, conservés avec soin par notre documentaliste et répertoriés avec précision dans une base de données informatique : ouvrages et revues de psychanalyse, mais aussi travaux des disciplines affines et des champs connexes, classiques et contemporains, avec une attention particulière portée aux références auxquelles les œuvres de Freud et Lacan renvoient. Ouverte à tous, les analystes comme les non-analystes, elle met à disposition un véritable trésor, favorisant ainsi « l’éducation freudienne », selon l’expression de Jacques-Alain Miller1Cité par Judith Miller in : Fédération internationale des Bibliothèques, Site de l’AMP, disponible en ligne.. Son fonds est en constante évolution, enrichi par des dons et achats en lien avec l’actualité de l’ECF et la psychanalyse. Reliée aux autres Bibliothèques du réseau FIBOL créé par Judith Miller en 1990 et dont Eve Miller-Rose a aujourd’hui la responsabilité, elle participe de la diffusion de la psychanalyse d’orientation lacanienne dans le monde.

    Les membres de la nouvelle commission – Karim Bordeau, Ariane Chottin, Hélène Guilbaud (responsable), Isolde Huba-Mylek, Mathilde Madelin, Camilo Ramirez, Romain-Pierre Renou – ont souhaité reprendre la publication de la newsletter Bibliotheca initiée par la responsable de la commission 2020-2021, afin de contribuer au rayonnement de la Bibliothèque de l’ECF.

    Nous inaugurons donc aujourd’hui une nouvelle version de Bibliotheca2Maquette créée par Léna Burger et Mathilde Madelin., avec différentes rubriques destinées à mettre en valeur les ouvrages du catalogue : L’actualité des nouvelles acquisitions, les références de Freud, Lacan et Jacques-Alain Miller, une sélection d’ouvrages de collègues du Champ freudien dont les enseignements résonnent avec l’actualité des évènements de l’ECF et l’AMP.

    Le premier semestre de l’année 2024 a été marqué par le XIVe Congrès de l’AMP et la parution du Séminaire XV de Jacques Lacan, L’Acte psychanalytique, établi par Jacques-Alain Miller.

    Dans son enseignement oral, Lacan dialoguait avec nombre d’auteurs, anciens et contemporains, philosophes, écrivains, poètes, mathématiciens, psychanalystes. Mises en valeur avec minutie et précision par Jacques-Alain Miller qui leur consacre un chapitre entier dans la retranscription de certains séminaires, les références de Lacan y abondent, certaines classiques, largement commentées, d’autres plus discrètes, juste mentionnées. L’importance accordée par Lacan aux mathématiciens et logiciens a été croissante tout au long de son enseignement, faisant d’eux des interlocuteurs privilégiés durant sa « période topologique », parmi lesquels, Peirce, Frege, et Cantor. Leurs travaux ou ceux qui leur ont été consacrés, sont disponibles à la Bibliothèque.

    Pour le lancement de Bibliotheca, notre collègue mathématicien, Karim Bordeau, s’est livré à un travail de recherche approfondi sur l’origine des quantificateurs chez Lacan. Il nous propose une lecture très fournie des références à Peirce et Frege, dans la partie du Séminaire XV intitulée explorations logiques par Jacques-Alain Miller, sur lesquels Lacan s’appuie pour serrer autrement l’acte analytique et figurer « en termes d’algèbre logique, en termes de quantification, ce que veut dire Il existe un psychanalyste3Lacan J., Le Séminaire, livre XV, L’Acte psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil & le Champ freudien, 2024, p. 179. ». Lacan démontre – c’est la thèse que l’auteur met à l’épreuve – que « dans l’acte analytique, c’est un pas-tous4Ibid., p. 188. qui permet ce gap où s’institue du psychanalyste, et non le psychanalyste comme fonction universelle ».

    Nathalie Charraud, dont nous connaissons les nombreux travaux sur le père de la théorie des ensembles, isole et commente les deux références à Cantor dans le même Séminaire, soulignant et explicitant le parallèle effectué par Lacan entre le désir de l’analyste et le désir de Cantor, un désir d’ordre transfini.

    « Tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant.5Lacan J., « Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, n°17-18, printemps 1979, p. 278. Disponible aussi dans Scilicet. Tout le monde est fou, Paris, Ecole de la Cause freudienne, 2023, p. 21. » Cet aphorisme a été le thème du XIVe Congrès de l’AMP qui nous a démontré la pertinence d’une clinique continuiste, orientée par le réel, à l’ère de la dépathologisation6Miller J.-A., Scilicet, Tout le monde est fou, Paris, Ecole de la Cause freudienne, 2023, p. 10.. Nul doute que nous serons aussi enseignés sur ces questions, dans quelques jours, au colloque UFORCA, Les diagnostics dans la pratique.

    L’orientation borroméenne promue par le dernier enseignement de Lacan, au-delà de toute considération quant au normal ou au pathologique, relativise les différences entre névrose et psychose, au profit d’une clinique continuiste, clinique des nœuds et de la singularité où chacun est amené à inventer sa propre solution face au réel. Qu’il s’agisse d’opérer une suture, de soutenir un bricolage permettant à certains sujets de se débrouiller face au réel, ou au contraire d’en favoriser la mise à nu, il en résulte à chaque fois un usage particulier du trou de structure qui confère à chacun son style. Il y a de multiples façons de nouer, l’important étant le nouage singulier qui permet à chacun de tenir dans l’existence.

    Augustin Ménard en a fait le fil rouge de ses trois ouvrages : Voyage au pays des psychoses, Le symptôme. Entre amour et invention, Les promesses de l’impossible, que nous présentent Isolde Huba-Mylek, Françoise Labridy et Jacques Ruff. Ces trois livres rassemblent l’expérience d’une vie que l’auteur a consacrée à la psychanalyse et à la transmission de ce que lui a enseigné sa propre cure avec Lacan, son travail avec ses patients et analysants, ainsi que l’enseignement de Lacan éclairé par celui de Jacques-Alain Miller.

    Bonne lecture à tous !

     

     

     

  • 1
    Cité par Judith Miller in : Fédération internationale des Bibliothèques, Site de l’AMP, disponible en ligne.
  • 2
    Maquette créée par Léna Burger et Mathilde Madelin.
  • 3
    Lacan J., Le Séminaire, livre XV, L’Acte psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil & le Champ freudien, 2024, p. 179.
  • 4
    Ibid., p. 188.
  • 5
    Lacan J., « Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, n°17-18, printemps 1979, p. 278. Disponible aussi dans Scilicet. Tout le monde est fou, Paris, Ecole de la Cause freudienne, 2023, p. 21.
  • 6
    Miller J.-A., Scilicet, Tout le monde est fou, Paris, Ecole de la Cause freudienne, 2023, p. 10.