J. Lacan, Textes de Lacan

Une position de subjectivité seconde

Extraits

Cet extrait de « Fonction et champ de la parole et du langage… » montre comment le contrôle opère exclusivement via la parole et ce qui s’y fait, ou non, entendre. Il ne s’agit ni d’éprouvé de la réalité du sujet, ni d’un objet au-delà de sa parole, ni d’échange d’inconscient à inconscient, pas plus de que dons ou de secrets. Faisant fonction de filtre, une position de subjectivité seconde éclaire les registres où se joue la partition du patient.

Rien ne saurait plus égarer le psychanalyste que de chercher à se guider sur un prétendu contact éprouvé de la réalité du sujet.

J. Lacan

[…]

Cette tarte à la crème de la psychologie intuitionniste, voire phénoménologique, a pris dans l’usage contemporain une extension bien symptomatique de la raréfaction des effets de la parole dans le contexte social présent. Mais sa valeur obsessionnelle devient flagrante à être promue dans une relation qui, par ses règles mêmes, exclut tout contact réel.

Les jeunes analystes qui s’en laisseraient pourtant imposer par ce que ce recours implique de dons impénétrables, ne trouveront pas mieux pour en rabattre qu’à se référer au succès des contrôles mêmes qu’ils subissent. Du point de vue du contact avec le réel, la possibilité même de ces contrôles deviendrait un problème. Bien au contraire, le contrôleur y manifeste une seconde vue, c’est le cas de le dire, qui rend pour lui l’expérience au moins aussi instructive que pour le contrôlé. Et ceci presque d’autant plus que ce dernier y montre moins de ces dons, que certains tiennent pour d’autant plus incommunicables qu’ils font eux-mêmes plus d’embarras de leurs secrets techniques.

La raison de cette énigme est que le contrôlé y joue le rôle de filtre, voire de réfracteur du discours du sujet, et qu’ainsi est présentée toute faite au contrôleur une stéréographie dégageant déjà les trois ou quatre registres où il peut lire la partition constituée par ce discours. 

[…]

Si le contrôlé pouvait être mis par le contrôleur dans une position subjective différente de celle qu’implique le terme sinistre de contrôle (avantageusement remplacé, mais seulement en langue anglaise, par celui de supervision), le meilleur fruit qu’il tirerait de cet exercice serait d’apprendre à se tenir lui-même dans la position de subjectivité seconde où la situation met d’emblée le contrôleur.

Il y trouverait la voie authentique pour atteindre ce que la classique formule de l’attention diffuse, voire distraite, de l’analyste n’exprime que très approximativement. Car l’essentiel est de savoir ce que cette attention vise : assurément pas, tout notre travail est fait pour le démontrer, un objet au delà de la parole du sujet, comme certains s’astreignent à ne le jamais perdre de vue. Si telle devait être la voie de l’analyse, c’est sans aucun doute à d’autres moyens qu’elle aurait recours, ou bien ce serait le seul exemple d’une méthode qui s’interdirait les moyens de sa fin.

Le seul objet qui soit à la portée de l’analyste, c’est la relation imaginaire qui le lie au sujet en tant que moi et, faute de pouvoir l’éliminer, il peut s’en servir pour régler le débit de ses oreilles, selon l’usage que la physiologie, en accord avec l’Évangile, montre qu’il est normal d’en faire : des oreilles pour ne point entendre, autrement dit pour faire la détection de ce qui doit être entendu. Car il n’en a pas d’autres, ni troisième oreille, ni quatrième, pour une transaudition qu’on voudrait directe de l’inconscient par l’inconscient. 

Références
"Fonction et champ de la parole et du langage..."
Écrits
J. Lacan
Éditeur
Seuil
Année
1966
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Extraits de « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 252-254.

Ce qui fonctionne vraiment n’a rien à faire avec le réel
J. Lacan
Trois remarques sur le contrôle
J.-A. Miller
Acte de fondation
21 juin 1964
J. Lacan