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PARUTIONS
REVUES

Silences

Collectif, La Cause du désir, n°121
Références
La Cause du désir, n°121
Silences
Collectif
Éditeur
EURL Huysmans
Pages
208
prix
16 €
France Jaigu
  • Éditorial

    Conversion au silence, France Jaigu

    L’orientation lacanienne

    Fausses promesses du bien-être, Jacques-Alain Miller

    Silences

    Le silence érotique des postfreudiens, Philippe La Sagna
    On ne se tait pas avec n’importe qui, Dominique Holvoet
    « Y a du psychanalyste », Valérie Bischoff
    Le silence du sexe, Pierre Ebtinger
    Topologie de la voix, Dominique Corpelet
    Santé et traitement des corps parlants, Caroline Doucet
    Flower power, Pierre Sidon
    Le silence de la musique, Valentine Dechambre
    La limite du monde qui parle, Deborah Gutermann-Jacquet
    Rêves et cauchemars, Pénélope Fay

    Clinique

    Le lapsus d’Agnès, Guy Briole
    Blocage, Nathalie Jaudel
    Un secret de famille, Nayahra Reis
    Le silence de la nuit, Dalila Arpin
    Les silences d’Alice, Patricia Loubet
    La conjugaison des silences, Flavia Hofstetter
    Sans fin, Philippe Hellebois

    États de la psychanalyse

    Arracher le temps à sa durée, Ana Viganó

    L’entretien

    Le silence actif avec Laure Naveau

    Sur la passe

    Rapport du cartel de la passe A, 1990-1992
    Leçons cliniques de la passe : I
    Rapport du cartel de la passe B, 1990-1992
    Leçons cliniques de la passe : II

    Bibliothèque

     

    Thinking With Your Eyes

    Des silences de la peinture, Gérard Wajcman

  • Éditorial

    Conversion au silence

    France Jaigu

     

    Le silence est nécessaire à l’opération analytique. Freud l’a découvert à ses débuts quand Emmy von N. lui intima de se taire et de la laisser parler. Le cadre analytique – un lieu où l’écoute silencieuse permet à la règle fondamentale de s’appliquer et à la parole du patient de se déployer – était ainsi posé.

    Mais Freud n’en restera pas à ce silence inaugural de l’analyste et se montrera attentif aux silences de ses analysants. Il relève, au fil de sa clinique, les différentes valeurs qu’il convient de leur donner dans la cure : il distingue ainsi les moments de silence dans le transfert – quand les associations viennent à manquer –, du silence lié aux surgissements de la pulsion, de l’angoisse, ou encore de celui – unerkannt – qu’il associe à l’ombilic du rêve.

    Le 12 avril 1967, dans La Logique du fantasme, Lacan répond à ses élèves qui lui ont reproché de ne pas parler du silence. Il renvoie au mathème de la pulsion qui indique, justement, « que c’est quand la demande se tait [tacere] que la pulsion commence1Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La Logique du fantasme, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2023, p. 256. ». Pour autant, ajoute Lacan, « L’acte de se taire ne libère pas le sujet du langage2Ibid., p. 257. ».

    Cette précision a toute son importance, car il s’agit ici pour lui de rappeler le statut du sujet tel qu’il l’enseigne depuis toujours. Le sujet de la psychanalyse, comme le sujet de la science, est un sujet « vide ». Mais là où la science « expulse » le sujet du langage, créant « ses formules d’un langage vidé du sujet », la psychanalyse récuse l’« interdiction » dont part la science « sur l’effet de sujet, du langage3Ibid. ». Ainsi, le sujet de la psychanalyse résonne dans le silence (silere) du « grand secret de la psychanalyse4Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2013, p. 353. » que Lacan avait formalisé au moyen du mathème S(A/ ) dans le Séminaire VI.

    Si la science prétend tout définir et réduire l’angoisse suscitée par « le silence éternel de ces espaces infinis », la psychanalyse, au contraire, donne toute sa valeur au réel non reconnu que Freud désignait du terme Unerkannt. À l’heure où, une fois de plus, nous sommes victimes d’une agression violente5Nous faisons référence ici à : – L’amendement no 159 au Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, déposé au Sénat puis retiré, qui visait à dérembourser, à compter du 1er janvier 2026, « les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques ». – La Proposition de loi n°385 visant à intégrer les centres experts en santé mentale dans le code de la santé publique, adoptée au Sénat et déposée en première lecture à l’Assemblée nationale le 16 décembre 2025., c’est encore l’idéologie scientiste que nous avons à combattre. Jacques-Alain Miller le rappelait dans L’École Débat 13 il y a quelques jours : « Nos liquidateurs croient frayer les voies de l’avenir. Mais non, ils sont le passé. L’esprit qui les anime n’est autre que celui du scientisme de la fin du XIXe siècle. Depuis, ils n’ont rien appris, rien oublié […] de ce scientisme d’où Freud s’est extrait (sans bien le savoir). »

    Ainsi, au moment où reviennent les attaques, où l’idéologie du tout- dire entend imposer la transparence mensongère de l’explicite, il nous faut opposer une résistance méthodique : celle que commande une éthique du silence à laquelle la psychanalyse nous convertit.

  • 1
    Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La Logique du fantasme, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2023, p. 256.
  • 2
    Ibid., p. 257.
  • 3
    Ibid.
  • 4
    Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2013, p. 353.
  • 5
    Nous faisons référence ici à : – L’amendement no 159 au Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, déposé au Sénat puis retiré, qui visait à dérembourser, à compter du 1er janvier 2026, « les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques ». – La Proposition de loi n°385 visant à intégrer les centres experts en santé mentale dans le code de la santé publique, adoptée au Sénat et déposée en première lecture à l’Assemblée nationale le 16 décembre 2025.