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L’image et le regard. De l’amour. L’autisme pour tous?

Collectif, Quarto, n°138
Références
Quarto, n°138
L’image et le regard. De l’amour. L’autisme pour tous?
Collectif
Éditeur
ECF-Quarto
Pages
112
Année
2024
prix
18 €
Philippe Hellebois
  • Éditorial
    Philippe Hellebois

    L’orientation lacanienne
    Psychanalyse de la grenouille – Jacques-Alain Miller

    L’image et le regard
    L’emprise de l’invisible – Gil Caroz
    Séduction et leurre – Neus Carbonell
    Masques du féminin – Nathalie Laceur
    Beauté et regard – Laure Naveau
    La préférence pour l’image – Daniel Roy

    Clinique
    Choisir ma peau – Anne Béraud
    Regard de Méduse – Réginald Blanchet
    Je ne suis pas là – Sam Calmeyn
    Sous le microscope – Ruzanna Hakobyan
    Monsieur Photopoulos – Despina Karagianni

    De l’amour
    Les amours douloureuses – Patricia Bosquin-Caroz
    L’amour est un caillou riant dans le soleil – France Jaigu

    Entretien
    Le regard et La Chambre claire de Roland Barthes – Éric Marty

    L’autisme pour tous
    L’autiste cherche une garantie dans l’ordre des choses – Jean-Claude Maleval
    « L’oubli, ça permet d’inventer » – Isabelle Magne
    L’arroseur arrosé : un premier consentement à l’aliénation – Camilo Ramirez
    Scotch-motion – Léna Burger
    Une manière de faire monde – Thomas Roïc
    Discussions avec Ligia Gorini, Éric Laurent, Virginie Leblanc-Roïc,
    Isabelle Orrado, Yves-Claude Stavy, Angèle Terrier

    Études
    Le fantasme dans la perversion – Hervé Castanet
    L’objet du fantasme dans les perversions – Alfredo Zenoni
    Pierre Rivière entre deux morts – Isadora Escossia

    Thèse
    L’infini en une lettre – Dominique Corpelet

  • « Nous partons, pour notre part, de ce fait qu’il y a quelque chose qui instaure une fracture, une bipartition, une schize de l’être à quoi celui-ci s’accommode, dès la nature »
    Jacques Lacan., Le Séminaire, livre XI.

    Cette livraison de Quarto est consacrée à la schize de l’être parlant qui est explorée par des biais différents, ceux du regard, de l’amour et de l’autisme.

    Ce numéro débute par le texte de Jacques-Alain Miller commentant la fable de La Fontaine sur la grenouille et le bœuf. On s’aperçoit que le célèbre octosyllabe lançant la fable « Une grenouille vit un bœuf » pourrait être élevé à la dignité de phrase marquante de la clinique analytique. Tout y est, du regard inaugural faisant événement à la pulsion qui finit par faire mal – le bœuf est à la place du regard poignant la grenouille, chétive pécore subjective, pour la livrer à la pulsion de mort ; cette conjoncture vaut évidemment pour les deux sexes, l’être grenouille pouvant être dit structural ; La Fontaine a évidemment lu Freud, J.-A. Miller dixit.

    La scission du champ scopique entre l’image et le regard n’est pas de l’ordre de la perception. On voit, on adore se faire voir, mais on ignore être regardé jusqu’à faire tableau pour un Autre à l’œil vorace, ceci valant jusque dans le domaine naturel comme en témoignent les phénomènes du mimétisme animal1Lacan J., Le Séminaire, livre xi, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 91-92 – et pour ceux qui ne parviennent pas à voiler ce regard, l’enfer de la persécution n’est donc pas loin.

    Autrement dit, le regard est au-dehors et nous détermine. C’est par lui que j’entre dans la lumière, dit joliment Lacan dans son Séminaire Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, qui précise encore « que le regard est l’instrument par où la lumière s’incarne, et par où […] je suis photo-graphié2Ibid., p. 98 ». Quelques années avant ce séminaire, Lacan situait d’ailleurs l’amour dans cette même lumière dévorante, puisqu’il est d’abord chute, avec cet alexandrin discret, mais tellement juste : « L’amour est un caillou brillant dans le soleil3Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 257 ; « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », Ecrits, Paris, Seuil 1966, p. 508. » – vous en trouverez, et pour la première fois semble-t-il, un commentaire dans les pages qui suivent.

    Cette structure du champ scopique, aussi passionnante qu’énigmatique, est déployée à la fois dans sa guise théorique et ses variétés cliniques. Ce fut aussi pour nous l’occasion d’un entretien avec Éric Marty autour du dernier livre que publia Roland Barthes avant de mourir La Chambre claire. Note sur la photographie4Cf. Barthes R., La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Gallimard/Seuil, 1980. – livre dans lequel il montrait combien il avait lu et réfléchi sur ce même Séminaire xi de Lacan.

    Le dossier Autisme qui clôt ce volume traite aussi de la fracture constitutive de l’être parlant mais autrement, soit en explorant le rapport particulier du sujet dit autiste avec le signifiant et l’objet – le signifiant maître est forclos, l’objet du monde compensant dialectiquement le chaos qui en résulte5Miller J.-A., « Préface », in Maleval J.-Cl., La Différence autistique, Saint-Denis, PUV, 2021, p. 13-14.. Les textes cliniques publiés dans ce numéro montrent comment ce chaos trouve à se tempérer, voire à s’humaniser, avec la psychanalyse.

    Philippe Hellebois

     

     

     

  • 1
    Lacan J., Le Séminaire, livre xi, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 91-92
  • 2
    Ibid., p. 98
  • 3
    Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 257 ; « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », Ecrits, Paris, Seuil 1966, p. 508.
  • 4
    Cf. Barthes R., La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Gallimard/Seuil, 1980.
  • 5
    Miller J.-A., « Préface », in Maleval J.-Cl., La Différence autistique, Saint-Denis, PUV, 2021, p. 13-14.