En avance sur son temps, et le nôtre, Lacan a pu, en 1969, épingler le malaise dans la civilisation du terme évocateur de tourbillon. Beaucoup plus précis que chaos, il fait penser au tournoiement gracieux et frivole, à la révolution, voire au cyclone, mais toujours à un mouvement aussi irrésistible que circulaire – Lacan affirma ainsi plus d’une fois que l’histoire tournait en rond1Cf. Regnault F., « Vos paroles m’ont frappé… », Ornicar ?, n°49, été 1998, p. 11..
Le tourbillon, selon Lacan, résulte de la prolifération de l’objet par le discours de la science et ses applications capitalistes. Un objet chasse l’autre, mais tous font bouchon et bâillon, voire bien pire, puisque ce même discours vise à faire de nous un objet comme un autre – c’est lui qui nous dévore et nous jouit. Le vainqueur de demain n’est donc pas quelqu’un, mais rien d’autre que cet objet même.
Comme ce n’est plus le signifiant qui fait la différence dans un monde d’objets, mais seulement la ségrégation, ce système tend vers une fin sinistre que Lacan appelle « le camp de concentration généralisé »2Lacan J., « D’une réforme dans son trou », La Cause du désir, n°98, mars 2018, p. 13, disponible sur Cairn..
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