Le vecteur Théâtre et psychanalyse vous convie à une rencontre le mercredi 1er avril à 20h au Théâtre 14, après la représentation de « Roberto Zucco » de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Rose Noël. France Jaigu a accepté d’être notre invitée.
L’écriture de Bernard-Marie Koltès, loin d’irréaliser le crime, nous donne un aperçu vivant et incarné de Roberto Zucco, personnage inspiré d’un tueur en série italien ayant défrayé la chronique dans les années 80. Au moyen de dialogues parfois déroutants, l’énonciation incomparable de Roberto Zucco se fait entendre, toujours pris dans un effort de nommer son être alors même que son nom propre risque de lui échapper. Emporté par la dérive du signifiant, il passe d’une identification à une autre, sans qu’aucune ne l’habille plus d’un instant. Véritable « caméléon1Koltès B.-M., Roberto Zucco, Paris, Les éditions de minuit, 2011. », il est tour à tour « agent secret2Ibid., p. 24. » , « «garçon normal et raisonnable3Ibid., p. 36. », « rhinocéros » et « meurtrier de [son] père ». Habillé d’un treillis militaire qu’il voulait revêtir à tout prix, quitte à tuer sa mère, il se lance depuis sa prison dans une fuite éperdue ponctuée de rencontres et de passages à l’acte qui itèrent, sans effet résolutoire. La contrainte intérieure le pousse sans cesse à commettre l’irréparable jusqu’à sa chute, inéluctable. Pourtant, rien ne semblait l’annoncer : « Pourquoi cet enfant, si sage pendant 24 ans, est-il devenu fou brusquement ? » – s’interroge sa mère.
Les interrogations ouvertes par cette pièce ont des résonances dans le discours de notre époque, que ce soit sur le plan de la prévention : « tu es fou Roberto. On aurait dû comprendre ça quand tu étais au berceau et te foutre à la poubelle4Ibid., p. 15. » , ou sur celui de la monstruosité du criminel dont il faudrait retrouver « où se loge l’instinct meurtrier5Ibid., p. 11. ».