Variétés des réponses au CPCT
ARGUMENT
Reprenons l’énoncé de J.-A. Miller évoqué dans l’argument de la première soirée clinique du CPCT de cette année. « Un Lieu Alpha [qu’est le CPCT] est un lieu de réponse, un lieu où le bavardage prend la tournure de la question, et la question elle-même la tournure de la réponse ». Il précise : « Il n’y a Lieu Alpha qu’à la condition que, par l’opération de l’analyste, le bavardage se révèle contenir un trésor, celui d’un sens autre qui vaut comme réponse (…) »[i]. De quelle étoffe est faite cette réponse ? Quel trésor vaut comme réponse, une interprétation du praticien ou les signifiants du sujet ? Sont-ils de même nature ? Se répondent-ils, s’articulent-ils ?
La fonction de la hâte, qu’induit le traitement à durée limitée, invite le praticien à ne pas trop jouer au secrétaire dont le rôle se limiterait à l’écoute. Nous avons repéré à notre précédente soirée l’importance de l’implication du praticien dans la cure brève, notamment avec ses questions. Mais cette hâte peut aussi bien devenir précipitation et pousser le praticien à donner une réponse qui oblitère le rapport du sujet à sa parole.
Loin d’une solution prêt-à-porter, l’interprétation prend alors une autre forme qui serait plutôt de l’ordre de l’écriture ou de la matière : coupure, ponctuation, nouage, point de capiton, conclusion.
La réponse du sujet, quant à lui, se construit dans la cure par la parole du sujet lui-même. Le praticien parie sur « une rencontre du sujet avec la psychanalyse au titre d’une surprise subjective, d’un transfert, d’un déplacement de sa question, de telle sorte qu’au bout de seize séances, le sujet peut concevoir que la réponse à sa question ne lui sera pas délivrée automatiquement par un autre, mais qu’il avait en lui-même les moyens d’y répondre »[ii].
Nous verrons lors de cette nouvelle soirée que l’issue que le sujet en déduira ne pourra prendre valeur de solution qu’à la condition que ce soit lui qui l’invente.
Bénédicte Jullien
[i] Miller J.-A., « Vers PIPOL 4 », Mental, n°20, 2008, pp. 185-192.
[ii] Cottet S., « Faut-il raccourcir le temps pour comprendre ? », intervention prononcée lors du 2e Rendez-vous clinique du CPCT-Paris, samedi 9 avril 2016.