L’ACF en Ile de France organise une après-midi d’études avec la présence d’Angèle Terrier, Dominique Wintrebert et Damien Guyonnet, psychanalystes, membres de l’ECF et de Martin Moulin, compositeur.
Argument
Les mutations contemporaines du champ du soin psychique s’accompagnent d’un recours croissant aux classifications diagnostiques, aux outils d’évaluation et aux dispositifs d’expertise. Portées par les discours scientistes dominants, ces transformations promettent une meilleure lisibilité, prise en charge, voire guérison des troubles. Elles répondent à une exigence contemporaine de maîtrise, d’efficacité, de traçabilité et de prévisibilité.
Cependant, cette logique de rationalisation rencontre une limite structurelle. Aussi fines soient-elles, les catégories diagnostiques ne couvrent jamais l’entièreté du réel de la clinique. Il subsiste toujours un reste, quelque chose qui échappe, qui ne se laisse ni dire entièrement, ni classer, ni normaliser. Ce point irréductible n’est pas un défaut des systèmes de classification, mais une conséquence du fait même que le sujet est traversé par le langage.
C’est sur ce point que la psychanalyse lacanienne se distingue. Elle ne se définit pas en opposition au diagnostic, ni par la production d’un savoir concurrent, mais par un déplacement de perspective. Là où le particulier « permet de former des classes cliniques »1Miller J.-A., « Nous sommes poussés par des hasards à droite et à gauche », La Cause freudienne, n°71, juin 2009, p. 69., la psychanalyse s’oriente vers le singulier : ce qu’il y a de plus unique pour chacun, une marque irréductible à toute catégorie.
Dans le dernier enseignement de Lacan, cette marque singulière est désignée comme sinthome. Elle incarne la part non symbolisable du réel et constitue un point d’impossible pour tout savoir. Prendre le point de vue du sinthome introduit ainsi une limite à la furor sanandi2Ibid. p.71.. Le diagnostic, même pertinent, ne peut alors venir que de surcroît : il ne saurait rendre compte de ce noyau singulier qui fait l’ombilic de chacun.
Les discours contemporains capitalistes et scientistes tendent pourtant à court-circuiter cette dimension de l’impossible en promettant des solutions immédiates et des identités prêtes à l’emploi, comme si la jouissance pouvait s’intégrer dans une réalité entièrement codable. Mais l’inconscient demeure travaillé par un réel qui échappe à toute maîtrise.
La clinique contemporaine témoigne ainsi d’un paradoxe : plus les dispositifs cherchent à objectiver le patient et à affiner les catégories, plus se manifeste un reste. C’est précisément à cet endroit que l’orientation analytique trouve sa place en soutenant une position éthique : celle du « laisser-être du singulier »3Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 17 décembre 2008, inédit.
Cette après-midi d’étude explorera la place de cet impossible dans la clinique contemporaine. À partir de la pratique en cabinet comme en institution, il s’agira de montrer comment la psychanalyse opère à partir de ce qui ne se résout pas mais persiste. Et puisque Lacan disait que les artistes nous devancent toujours, une parenthèse musicale fera entendre ce qui ne s’écrit pas dans la partition mais s’éprouve.
Faire place à l’impossible : telle est la boussole qui permet au sujet d’inventer une manière singulière de faire avec ce qui le détermine.