L’ACF en CAPA organise un colloque avec Philippe De Georges, psychanalyste, membre de l’ECF et de Steeves Demazeux, docteur en philosophie des sciences et auteur de « Qu’est-ce que le DSM ? Genèse et transformations de la bible américaine de la psychiatrie.
Organisé en collaboration avec l’Antenne clinique de Amiens & Reims, le Collège clinique de Lille et le CPCT – Champagne-Ardennes
Argument
Guérir de la santé ? Un tel titre pourrait paraître provocateur, voire de l’ordre du non-sens, tant ce terme attire un faisceau sans fin de vertus positives depuis que l’hygiénisme a marqué de sa patte la vie de tout un chacun.
Guérir de la santé mentale ? Avec la psychanalyse.
Le terme de “santé mentale”, qui s’est diffusé de manière exponentielle jusqu’à en devenir “grande cause nationale”, mérite toute notre attention, car ce syntagme emporte avec lui une foule de remaniements qui n’accompagnent pas seulement les effets du capitalisme sur notre psyché mais y contribuent. Ce concept laisse sous-entendre qu’il serait possible de prétendre à une harmonie idéale à grand renfort d’éducation thérapeutique et de conseils en prévention, avec un moi autonome en guise de coach, chargé d’en établir le programme en se parant d’identifications ready-made.
Depuis les années 60, cette habile construction langagière a fait basculer l’économie, les institutions, comme les pratiques de soin, vers un ensemble de dispositifs, protocoles d’aide et d’accompagnement visant le bien-être et l’adaptation, tout en niant du même du coup les mécanismes mis au jour par Freud pour rendre compte de l’échec de la volonté dans le processus de guérison. La réaction thérapeutique négative ou la répétition morbide du symptôme apparaissent aujourd’hui comme des défauts de compliance de la part du patient, pour l’inclure de manière forcée dans le seul discours éducatif ou judiciaire, ce qui l’exclut de fait du champ du soin, comme en témoignent les rubriques des faits divers qui nient les coordonnées intimes des passages à l’acte.
Entendons bien : la psychanalyse ne s’oppose pas comme telle à la santé ni même à la guérison, qui arrive bien souvent quand on ne l’attend pas : à la bonne heure. L’allègement du poids du symptôme, le soulagement d’une angoisse lancinante, constituent des effets thérapeutiques qui scandent régulièrement un parcours analytique entamé sur fond de souffrance.
Il s’agira donc d’étudier les ressorts de la “santé mentale” pour penser l’action du praticien orienté par la psychanalyse au regard des effets que ce discours emporte avec lui.
Des interventions illustrées viendront interroger ces profondes mutations à partir de trois axes :
Le premier portera sur la différence entre “trouble” et “symptôme” en tant que ces deux notions portent, dans leur distinction même, le geste produit par le passage au référentiel de la santé mentale en termes de causalité psychique, d’implication du sujet, de nomination, etc.
Cette réflexion sur la santé mentale permettra également de relire le concept de souffrance qui s’est développé parallèlement en rejetant sa cause dans le lien social. Nous verrons comment, dans ce contexte, peut se dessiner un savoir singulier, une vérité propre au sujet sur ce qui cause sa souffrance ou son angoisse.
La question du temps sera enfin interrogée, car la santé mentale a ouvert le registre de la prévention, de la prophylaxie, que nous ne manquerons pas de faire résonner avec les spécificités temporelles que donne à lire le sujet de l’inconscient.