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J43 - Trauma, Clinique du lien social

Combattre ou fuir, et se souvenir

14/07/2013
Philippe La Sagna

Walter Bradford Cannon a inventé la serendipity, soit « la faculté ou la chance de trouver la preuve de ses idées de manière inattendue, ou bien de découvrir avec surprise de nouveaux objets ou relations sans les avoir cherchés ». Mais W. B. Cannon est aussi l’auteur de la fameuse théorie, toujours en cours, de la fight or flight response (FOFR), comme cause essentielle des Post traumatic stress disorder (PTSD). Face au trauma, à l’agression en particulier, préparez-vous à fuir ou à combattre. Si vous ne pouvez pas faire l’un ou l’autre, voire si vous le faites, les sécrétions de votre corps vont sans doute vous intoxiquer. Évidemment cette théorie est supposée être une loi de l’évolution dans la jungle qui nous entoure. Le fameux PTSD n’est plus alors une énigme mais un dérèglement de la fameuse FOFR. Ce défaut d’adaptation est alors la cause du stress post-traumatique. La question sérieuse est alors la suivante : sommes-nous génétiquement égaux devant les effets du FOFR et devant le PTSD ? Cela serait vrai pour les sciences s’il n’y avait vos chromosomes !

Vulnérabilité ?

Un article de Dialogues in clinical neurosciences (septembre 2011) précise que certaines populations sont plus vulnérables que d’autres aux chocs du réel. Certaines personnes seront en effet affectées de PTSD pendant des heures, des mois, ou des années après un traumatisme. Malgré les explications embarrassées sur la variance du phénomène il semble évident pour les auteurs que cette variance est d’origine génétique. Est-ce alors dû au volume de l’hippocampe ou à une réactivité anormale de l’amygdale (celle qui est dans le cerveau !), ou enfin à l’éternelle sérotonine ? Ces tendances individuelles augmentent en cas de low social support, entendez de solidarité effective faible. Les enfants ayant subi des violences et des abus deviendront des adultes plus sensibles au PTSD, ce qui pose la question de l’acquisition du trouble dans un monde scientifique qui ignore la notion de répétition. Une hormone secrétée par la glande pituitaire (PACAP dans le texte !) serait susceptible de rendre compte de la différence entre les hommes et les femmes au niveau de la sensibilité à développer des symptômes.

Féminité

Ainsi une femme jeune, secrétant des œstrogènes, ayant subi des violences dans son enfance et peu soutenue par son entourage, si elle est blessée, en particulier au niveau cérébral, surtout au niveau frontal (coup à la tête ?), sera très exposée à développer le trouble.

Par ailleurs, sur le web, dans Science update (décembre 2011), on souligne que les college students exposés à un mass shooting auront un risque accru de 20 à 30% de développer un PTSD, s’ils hébergent un certain gène. Le gène aurait le même effet que la proximité du tireur qui est un facteur connu de gravité du traumatisme ! On a beaucoup avancé grâce au fait que les étudiantes victimes d’une fusillade en 2008 dans une université de l’Illinois avaient fait l’objet précédemment d’une étude pour mesurer leur possible sensibilité à une agression sexuelle (sic). Évidemment toutes ces données dépendent de l’épigénétique, soit de l’effet de l’environnement dans lequel vivent les sujets sur la manifestation du génotype. L’enjeu, à terme, est de cibler les populations à risque pour un traitement préventif.

La question est peut-être aussi de se demander si ces sensibilités ne seraient pas dues à une certaine mémoire des individus, les femmes isolées et déjà victimes de violences dans l’enfance par exemple (une sensibilité qui n’est pas forcément génétique !). Toujours sur le web, un article du Journal International de Médecine, de juin 2013, évoque un travail récent de l’OMS (Stöck et coll) qui porte sur les meurtres perpétrés par des « partenaires intimes ». Il applique l’épidémiologie aux meurtres conjugaux dans 169 pays. Ces meurtres qui constituent 13,5% des crimes montrent que les femmes sont six fois plus souvent victimes que les hommes de ce genre de meurtre ! Si comme le souligne Lacan, les hommes et les femmes s’entendent crier… Les femmes crient sans doute plus souvent et plus fort que les hommes, hélas parfois pour les meilleures raisons… La question de savoir si le corps des femmes en porte des traces internes peut se poser, pour le Id de Freud c’est plus que probable. Une étude sur les conséquences des massacres au Rwanda montre que les descendants des survivants du génocide présentent plus de symptômes que ceux qui ne l’ont pas connu. Mais en dehors des gènes les parlêtres transmettent aussi des mots qui font mémoire, consciente ou pas. Trauma et traumatisme ne se transmettent pas de la même façon…