Tya - Champ freudien
Rennes

Le toxique encore. Ce qui change, ce qui ne change pas.

19 juin 2026 - 09h00 à 17h00
Infos pratiques
19/06/26 - 09h00 à 17h00

Renseignements : tya.rennes@gmail.com

Maison des associations
Cours des Alliés
Rennes
Inscription
Tarifs :

30€ / 15€ (étudiants et demandeurs d’emploi)

L’ACF en Val-de-Loire Bretagne organise la 20ème conversation du TyA-Rennes avec Rodolphe Adam, Nelson Feldman et Nadine Page, psychanalystes, membres de l’ECF.

Argument

Depuis 2006, date de sa première conversation, le TyA-Rennes ne cesse d’interroger la fonction de l’alcool et de la drogue pour chaque sujet, ses causes et conséquences dans ses pensées, son corps, son lien social. Nous voici en 2026, ne cédant rien sur notre désir chaque fois renouvelé pour cette clinique si particulière et souvent difficile. Toujours et encore, donc. A l’occasion de ce 20e anniversaire, le TyA-Rennes propose de converser précisément à partir du phénomène de répétition, véritable enjeu de l’expérience addictive.  

            Les sujets que nous accueillons témoignent de ce qui s’impose à eux comme une nécessité paradoxalement vitale. L’addiction est l’exemple par excellence de ce qui ne cesse pas d’insister. Freud indiquait déjà qu’il « existe effectivement dans la vie psychique une compulsion de répétition qui se place au-dessus du principe de plaisir 1Freud S., Au-delà du principe de plaisir, Paris, Payot, 2010, p. 63. ». L’examen de cet au-delà nous avait d’ailleurs conduit, en 2020 et 2021, à considérer l’addiction comme un cauchemar, plus exactement comme « un rêve qui tourne au cauchemar ».

            Le Séminaire Encore 2Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, texte établi par J.-A Miller, Paris, Seuil, 1975. de Jacques Lacan noue la question de la répétition à la jouissance autistique dont est affecté le corps parlant. L’addiction implique particulièrement cette jouissance solitaire car elle coupe de l’Autre et isole le sujet. En 2012, notre travail portait sur l’addiction comme symptôme hypermoderne, en tant qu’il produit un mode de vie et de jouir directement connecté à l’objet de consommation, déconnecté des autres.

             L’usage des produits n’est-il finalement pas toujours corrélé à la même recherche : se soustraire d’une difficulté existentielle tel « un briseur de soucis 3Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1971, p. 23. », et obtenir un gain de vie, aussi précaire soit-il tel le joueur de Dostoïevski 4Dostoïevski F., Le Joueur, Paris, Folio classique, 2019., pour qui miser équivaut à mettre sa vie en jeu ? Jacques-Alain Miller nous invite à penser l’addiction comme une itération, c’est-à-dire une répétition spécifique qui échappe au sens et qui s’inscrit, à défaut, dans le corps plutôt que dans la parole. Selon lui, elle « est faite de la réitération inextinguible du même Un. [Ce] même [Un] […] ne s’additionne pas. On n’a jamais le “j’ai bu trois verres donc c’est assez“, on boit toujours le même verre une fois de plus 5Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, n26, p. 58. ». L’addiction est donc à lire comme l’insistance de ce même Un qui procure un plus, encore plus, toujours plus et entraine le sujet dans une spirale mortifère. Comme le dit le rappeur Orelsan dans sa chanson Encore une fois : « j’suis la définition d’être en roue libre, c’est même plus des mauvaises habitudes, c’est la routine », une habitude mécanique du même Un.

Le constat des « rechutes », de ce qui revient à la même place, de ce qui ne change pas peut parfois peser sur l’idéal de soin du praticien. Jacques-Alain Miller considérait d’ailleurs que cette pratique imposait la « modestie 6Miller J.-A., « La drogue de la parole », Accès à la psychanalyse, n15, septembre 2023, p. 16. ». Dès lors, comment accueillir cette répétition ? Chaque rechute est-elle équivalente à la précédente ? Le recours à la parole peut-il donner chance au sujet de s’extraire à minima de ce phénomène ? Quels changements pouvons-nous attendre ?

            Enfin, l’actualité du narcotrafic défraye chaque jour la chronique. Nous assistons à une floraison de drogues nouvelles et accessibles envahissant le marché, comme le Nitazène (bien plus puissant que le Fentanyl). Consommer n’a jamais été aussi facile. Que révèlent les modes de consommation de notre époque ? Quels dispositifs ou inventions permettent d’initier un changement ? Quels sont les initiatives politiques ? Nous tenterons donc également de lire et d’interroger ce qui change ou ne change pas dans le monde actuel ?

            Rodolphe Adam, Docteur en psychopathologie, psychologue sur Bordeaux, Nadine Page, responsable de l’unité de consultation au centre médical ENADEN à Bruxelles et Nelson Feldman, psychiatre en Suisse, tous trois psychanalystes, membres de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de psychanalyse, très engagés dans les travaux du TyA-Europe, seront nos invités pour cette journée d’étude exceptionnelle. Gageons qu’ils nous permettront d’interpréter l’époque et les cas cliniques exposés lors de cette 20e conversation du TyA-Rennes.

  • 1
    Freud S., Au-delà du principe de plaisir, Paris, Payot, 2010, p. 63.
  • 2
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, texte établi par J.-A Miller, Paris, Seuil, 1975.
  • 3
    Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1971, p. 23.
  • 4
    Dostoïevski F., Le Joueur, Paris, Folio classique, 2019.
  • 5
    Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, n26, p. 58.
  • 6
    Miller J.-A., « La drogue de la parole », Accès à la psychanalyse, n15, septembre 2023, p. 16.