ACF
Rennes

Parole(s) déchaîné(s) – Éthique du dire

Journée d'étude du pôle de Rennes de l'ACF en VLB

21 mars 2026 - 09h00 à 17h30
Infos pratiques
21/03/26 - 09h00 à 17h30

Renseignements: BureauRennes@acfvlbrennes.fr

Auditorium de la Maison des Associations
6 cours des Alliés
35000 Rennes
Inscription
Tarifs :

Entrée: 40 €
Étudiants et demandeurs d’emploi: 20 €

Argument

Le signifiant peut presque tout dire, le meilleur comme le pire. L’actualité et les réseaux sociaux démontrent avec fracas ce pire. Et, si nous vivons à une ère de la parole libérée, offrant une avancée fondamentale et ouvrant à des droits précieux, ce n’est pas sans son envers qui donne libre cours à une parole sans point d’arrêt. La liberté d’expression ne suffirait donc pas à produire un progrès vers plus d’humanité et à permettre que s’homogénéisent les rapports entre les hommes1Cf. Lacan J., « Note sur le père », La Cause du désir, n° 89, mars 2015, p. 8. ?


Le paradoxe de la libre association
La liberté de la parole est une nécessité pour la psychanalyse, en témoigne la règle fondamentale établie par Sigmund Freud : « Dites tout ce qui vous passe par la tête2Freud S., « La dynamique du transfert », La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1989, p. 15. ». Pour Jacques Lacan, cette règle tient à ce que la pensée ait une pente naturelle à se censurer quand elle s’exprime3Cf. Lacan J., « La psychanalyse en ce temps », La Cause du désir, n° 100, novembre 2018, p. 39.. C’est bien le paradoxe ! Au moment où le signifiant est énoncé, il perd son pouvoir dire. Avant d’être politique, la censure est donc intrinsèque au fait de parler. D’autre part, s’imaginer que tout peut être dit c’est méconnaitre que nous sommes tous des traumatisés du langage et que de ce fait quelque chose nous échappera toujours. Voici la censure redoublée.


Mortification vs déchaînement de la parole
Deux modalités de rapport à la parole se dégagent dans notre modernité. L’une va vers une mortification du langage, cherche à ordonner et à extraire la jouissance inhérente à la parole, jusqu’au « délire d’un langage univoque, entièrement efficient4Alberti C., Pfauwadel A. (s/dir.), Psychanalyse et subversion des normes, Saint Denis, PUV, 2024, p. 158. ». L’autre est plutôt une tentative d’échapper à cette fixation par le signifiant. C’est l’aspiration de « l’homme libre5Lacan J., « Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne », 10 novembre 1967, inédit, retranscription disponible sur internet. » qui n’entretient pas de rapport à l’Autre mais qui est branché sur sa propre jouissance. Au prix parfois d’une course effrénée et infinie à tout dire, quitte à dire n’importe quoi. L’intolérance de l’équivocité au profit de l’univocité en est le résultat. Cette rigidification de la langue traduit un refus d’aliénation à l’Autre, comme trésor des signifiants, et donne lieu à des opinions non dialectisables, faisant fi du caractère « folâtre et vagabonde, imprévisible et contradictoire6Miller J.-A., « Un voyage aux îles », Ornicar ?, n° 60, mai 2025, p. 62. » de la vérité.


Passion de la vérité
La vérité prend ainsi une forme prophétique, au prix toutefois d’une « dépossession du sujet7Miller J.-A., « Le paradoxe d’un savoir sur la vérité », La Cause freudienne, n° 76, janvier 2011, p. 124. », qui s’efface sous l’énonciation ; l’anonymat sur les réseaux sociaux n’en-est-il pas un exemple paradigmatique ? Car, lorsque cette parole se déchaîne sous couvert d’exigence de vérité, une certaine haine de l’altérité fait surface. Le racisme, l’antisémitisme, le masculinisme, témoignent de cette férocité adressée à l’autre ; or il faut le souligner : « plus qu’un rapport de soi à soi, la haine exprime un rapport de soi à l’Altérité qui habite chacun de nous8Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine, Paris, Navarin, 2020, p. 94. ».


Quelle altérité ?
Comment la psychanalyse peut-elle faire accueil à l’intime étrangeté se logeant au cœur de l’être parlant, cette jouissance mauvaise, qui l’habite et qu’il en vient parfois à nourrir ? L’éthique de la psychanalyse, invite à ce que la parole, prise dans le transfert, puisse aussi tempérer cette jouissance obscure.
Tout dire, médire n’est pas l’orientation lacanienne. La psychanalyse soutient le mi-dire, elle invite chaque sujet à se faire responsable de ce qu’il dit et lui permet de se contredire, jusqu’à serrer ce qu’il a de plus singulier.
Cette journée d’étude sera l’occasion d’entendre converser des philosophes, des essayistes, des artistes, des psychanalystes et des cliniciens sur le monde comme il va, non sans interroger l’éthique des conséquences9Miller J.-A., « L’acte entre intention et conséquence. La politique de l’École », La Cause freudienne, n° 42, mai 1999, p. 7., dans un souci de bien-dire.

  • 1
    Cf. Lacan J., « Note sur le père », La Cause du désir, n° 89, mars 2015, p. 8.
  • 2
    Freud S., « La dynamique du transfert », La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1989, p. 15.
  • 3
    Cf. Lacan J., « La psychanalyse en ce temps », La Cause du désir, n° 100, novembre 2018, p. 39.
  • 4
    Alberti C., Pfauwadel A. (s/dir.), Psychanalyse et subversion des normes, Saint Denis, PUV, 2024, p. 158.
  • 5
    Lacan J., « Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne », 10 novembre 1967, inédit, retranscription disponible sur internet.
  • 6
    Miller J.-A., « Un voyage aux îles », Ornicar ?, n° 60, mai 2025, p. 62.
  • 7
    Miller J.-A., « Le paradoxe d’un savoir sur la vérité », La Cause freudienne, n° 76, janvier 2011, p. 124.
  • 8
    Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine, Paris, Navarin, 2020, p. 94.
  • 9
    Miller J.-A., « L’acte entre intention et conséquence. La politique de l’École », La Cause freudienne, n° 42, mai 1999, p. 7.