Journées de l'ECF, ACF
Béziers

Fille perdue

Vers les 51es Journées de l'ECF

10 novembre 2021 - 21h00
Infos pratiques
10/11/21 - 21h00

Pass sanitaire obligatoire.

Domaine Pradines le Bas
Route de Corneihan
34500 Béziers
Inscription
Tarifs :

Participation aux frais : 8€.

plus d'informations

Le bureau de ville de Béziers-Narbonne de l’ACF en Voie domitienne propose une soirée préparatoire aux 51es Journées de l’École de la Cause freudienne sur le thème de « La norme mâle ».

Cette soirée se tient le mercredi 10 novembre à 21h à Béziers sous forme d’une conversation avec Adeline Yzac, auteure du roman Fille perdue1Yzac A., Fille perdue, Paris, La manufacture de livres, 2021., et la participation de Stéphanie Morel, psychanalyste à Montpellier, membre de l’ECF, déléguée régionale de l’ACF en Voie domitienne, et de Patricia Mercier, membre de l’ACF.

Argument

par Gaëlle Chamboncel

Fille perdue nous transporte en des temps passés, nous sommes au XIXe siècle. En 1895, Freud et Breuer publient Études sur l’hystérie2Freud. S., Breuer J., Études sur l’hystérie, puf, Paris, 1956.. En 1896, les correspondances entre S. Freud et W. Fliess constituent les thèses fondamentales de la psychanalyse : la Naissance de la psychanalyse3Freud S., La naissance de la psychanalyse, puf, Paris, 1956. est imminente.

Simultanément, la science médicale bat son plein, elle se préoccupe de traiter les lésions anatomiques localisables, afin de supprimer la partie dite malade de l’organisme. La science, non sans lien avec les préjugés moraux de l’époque, se conjugue avec l’universel.

Le roman d’Adeline Yzac se situe à mi-chemin entre les découvertes de Freud et l’application stricto sensu de la science médicale florissante. Le livre s’appuie sur des faits historiques, il traite dans le vif tout ce qui provoque le des-ordre d’une société alors encore patriarcale et bien pensante. La réponse médicale sera l’ablation pour toutes celles qui commettent le plus indicible des péchés : l’onanisme.

Au delà des éléments historiques évoqués dans cet ouvrage, Adeline Yzac aborde la question de la différence entre les sexes, celle qui renvoie aux différentes modalités de jouissance et questionne plus précisément le « mode de jouir au féminin4Brousse M-H., Mode de jouir au féminin, Navarin, Paris, 2020.». Dans son ouvrage Actualité de la haine, Anaëlle Lebovits-Quenehen précise que les femmes incarnent « non pas la petite différence », mais bien plutôt la différence absolue, celle « qu’aucune norme ne parvient à absorber tout à fait5Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine, Une perspective psychanalytique, Navarin, Paris, 2020, p.116.».

Cette différence absolue fait référence aux paradigmes de la jouissance énoncés par J. Lacan dans son tableau de la sexuation6Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, p. 73.. Ainsi, certaines femmes s’inscrivent côté femme du tableau de la sexuation, c’est-à-dire du côté de la jouissance féminine, celle dite supplémentaire à la jouissance phallique. La jouissance phallique, elle, se trouve côté homme du tableau, elle est « normâle », limitée et universelle. Cette différence absolue qu’incarnent les femmes provoque le plus souvent la misogynie, voire la haine du féminin. Ce qui explique, dans le meilleur des cas, la diffamation des femmes, ou pire la volonté de nuire, et de les voir disparaître. « La femme […] on la diffame, car elle ne cesse d’échapper à un tout universel normatif7Fajnwaks F., « Extension du féminin dans le régime de jouissance contemporain », La Cause du Désir, n°103, p.6.« .

Le roman d’Adeline Yzac permet de traverser le XIXe siècle où les femmes, encore moins les jeunes filles, n’ont pas leur mot à dire. Fille perdue est donc un acte politique, qui met en lumière le précepte lacannien La femme n’existe pas – titre des Grandes assises virtuelles de l’AMP 2022 et celui des 51es Journées de l’ECF sur la question de « La norme mâle », qui n’est autre que de vouloir unifier les jouissances, les rendre universelles, c’est-dire valables pour tous.


  • 1
    Yzac A., Fille perdue, Paris, La manufacture de livres, 2021.
  • 2
    Freud. S., Breuer J., Études sur l’hystérie, puf, Paris, 1956.
  • 3
    Freud S., La naissance de la psychanalyse, puf, Paris, 1956.
  • 4
    Brousse M-H., Mode de jouir au féminin, Navarin, Paris, 2020.
  • 5
    Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine, Une perspective psychanalytique, Navarin, Paris, 2020, p.116.
  • 6
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, p. 73.
  • 7
    Fajnwaks F., « Extension du féminin dans le régime de jouissance contemporain », La Cause du Désir, n°103, p.6.